100 jours : Emmanuel Macron veut donner l’illusion d’un nouveau départ

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‎Afficher La semaine politique, ép 100 jours : l’illusion d’un nouveau départ - 18 avr. 2023

La décision tant attendue est tombée vendredi dernier. Le Conseil Constitutionnel a validé la quasi-totalité de la réforme de@s retraites, censurant quelques dispositions mineures du texte comme l’index sénior, car ne relevant pas de normes budgétaires.

Dans la foulée, Emmanuel MACRON a immédiatement promulgué la réforme des retraites, comme pour tenter de mettre fin au plus vite aux débats qui s’éternisaient autour de ce texte.

Ces longues semaines de réflexion, exigées par le Conseil Constitutionnel afin de se prononcer sur la conformité à la Constitution de la réforme des retraites sont enfin arrivées à leur terme. Depuis le passage en force de la loi par 49.3, tous les regards étaient rivés sur l’institution. Les sages allaient-ils censurer oui ou non, partiellement ou totalement le projet de réforme des retraites du Gouvernement ?

Vendredi, le Conseil a rendu son avant, se positionnant en faveur de la conformité de la quasi totalité du texte, à l’exception de quelques dispositions comme l’index sénior. Comme prévu, le Conseil Constitutionnel a retoqué certains dispositifs, qui ne pouvaient figurer dans ce texte, en raison de sa nature strictement budgétaire.

Pour le Gouvernement, cette décision est un véritable soulagement. Car ces dernières semaines, les échos du Conseil ont été brouillons. Par moments, il a semblé que les sages soient favorables à la censure tandis qu’ils ont finalement fait le choix de ne censurer que quelques dispositions.

Pour la gauche, l’échec est double. Non seulement le projet de réforme des retraites n’est que très peu censuré contrairement à ce qu’elle espérait, mais sa demande de Référendum d’Initiative Populaire, visant à soumettre la question de l’âge de départ à référendum a elle aussi fait un flop, puisque le Conseil Constitutionnel a décidé de la rejeter.

Alors dans la foulée, désireux de ne se voir imposer de pression par personne, Emmanuel MACRON a ratifié le projet de loi. La loi, validée par le Conseil à 18h, a été promulguée par le Président de la République dans la soirée, et publiée au Journal Officiel samedi matin.

Certains y ont vu un signe de faibrilité, d’autres un manque de courage, mais en réalité pour Emmanuel MACRON, cette ratification rapide démontre surtout de sa volonté de passer à autre chose et tenter de sortir de cette très longue séquence au plus vite.

C’est en ce sens, que le Président de la République tenait ce lundi soir une allocution télévisée. Objectif : tourner la page, tenter de commencer à renouer le lien avec les Français et dresser de nouvelles perspectives pour les semaines à venir.

Mais alors, que dire aux Français ? Cela faisait des mois que la parole présidentielle s’était faite rare, pire lorsqu’elle avait été diffusée, celle-ci était confuse, brouillonne, agressive pour certains. L’enjeu de cette allocution donc : dégager tout le contraire et calmer le jeu pour tenter de mettre enfin un terme à ce moment politique sans fin.

Cette fois-ci, pas de chichi : Emmanuel MACRON revient sur une valeur sûre : une allocution télévisée à 20h, comme pour souligner l’importance de ce moment, filmée depuis son bureau, au premier étage du Palais de l’Elysée.

D’abord, Emmanuel MACRON est revenu sur la décision du Conseil Constitutionnel et ses conséquences, c’est-à-dire la promulgation du texte. Comme pour mettre fin à toute forme d’ambiguïté, le Président de la République a rappelé la légalité du processus utilisé, ainsi que le conformité du texte à la Constitution. L’idée ? Mettre fin aux accusations de violation de la démocratie, et souligner que la réforme est en tous cas légale.

Pour la première fois dans ce débat, Emmanuel MACRON se détache de son argument c’est légal donc légitime. Il se dit conscient que cette réforme n’est pas approuvée par les Français, même au terme de cette longue période de consultations, et se montre prêt, une nouvelle fois, à assumer qu’elle est néanmoins nécessaire pour le pays.

Mais cette première séquence, est refermée très vite par le Président de la République qui ne souhaitait visiblement pas passer l’entièreté de son allocution à faire le service après vente de sa réforme. Son objectif était de tourner la page, durablement, de cette longue séquence sur les retraites.

Décentrer le débat

Pour ce faire, Emmanuel MACRON a tenté un mouvement ambitieux. Dans son allocution, le Président de la République fait le pari que certes, la contestation qui s’est exprimée dénonçait la réforme des retraites, mais qu’elle sous-tend surtout un message fort : sur les conditions de travail, la rémunération, alerte sur les fins de mois difficiles et la hausse exponentielle des prix à cause de l’inflation.

Pour Emmanuel MACRON l’enjeu est énorme. Il essaie de souligner que la crise actuelle ne trouve pas son origine dans ses seuls choix politiques. Et surtout, il souligne des problèmes sur lesquels il s’estime en mesure de proposer des réponses concrètes prochainement. Sa stratégie est simple : élargir le champ de la colère à d’autres thèmes connexes et du coup, donner l’impression de répondre à ces défis en apportant des réponses. Puisqu’il ne veut pas apporter de nouvelles réponses sur les retraites, il élargit la base des sujets sur lesquels il est pointé du doigt pour pouvoir être en mesure d’y apporter une réponse.

Pour répondre à ces nouveaux défis, Emmanuel Macron annonce un triple cap : Travail, ordre républicain et progrès.

Sur le travail, comme attendu, le Président de la République se montre désormais plus ouvert. La demande, ces dernières semaines, d’améliorer les conditions de travail, s’était faite entendre. Emmanuel MACRON a donc appelé les organisations syndicales et patronales, qui l’ont très largement boudé ces dernières semaines, à venir travailler avec le Gouvernement sur : la pénibilité du travail, la progression des salaires dans la carrière, le partage de la valeur, … Aussi, le Président de la République a ressorti la réforme du lycée professionnel, qui doit permettre une plus ample professionnalisation de la jeunesse française, et de continuer à orienter progressivement la France sur la route du plein emploi.

Deuxième sujet : la justice et l’ordre républicain. Le sujet arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. En pleine crise sociale, pourquoi évoquer l’ordre républicain ? Mais les longues heures de débats qui ont suivi les évènements de Sainte-Soaline et les débordements policiers en manifestations ont relégitimé la question de l’ordre dans le débat public. Sur ce point, Emmanuel MACRON fait une annonce : celle de la création de 200 brigades de Gendarmerie, en province et rappelé les efforts engagés par l’Etat pour multiplier les personnels dans le secteur de la justice. Un point nouveau néanmoins, la promesse, relayée par Gabriel ATTAL ce mardi matin, d’un grand plan de lutte contre les fraudes fiscale et sociale, qui sera annoncé dans les prochaines semaines.

Puis, Emmanuel MACRON a souligné vouloir engager le Gouvernement sur une ligne dite de “Progrès”. Un thème large mais qui a vocation à proposer des évolutions à terme, pour de meilleurs services publics. Une Education Nationale plus résiliante, un travail sur la santé approfondie, l’objectif de désengorger les urgences des hôpitaux et continuer à lutter contre les déserts médicaux, tant que la suppression du numerus clausus ne peut produire ses premiers effets. L’écologie, bien que brièvement mentionnée, fera l’objet d’un plan annoncé au début de l’été.

Emmanuel MACRON tente de recentrer l’action Gouvernementale, comme promis, sur des thèmes qui se veulent rassembleurs. Exit donc l’immigration par exemple. Désormais, certes, les thèmes sont déclinés, mais les mesures concrètes, le détail de ces annonces, lui n’a pas été dévoilé. Et c’est la critique qui a immédiatement émergé, les opposants reprochant au Président de la République de brasser de l’air, une nouvelle fois. Emmanuel MACRON a chargé Elisabeth BORNE, de présenter la semaine prochaine en détail le menu complet de ces annonces. Mais les syndicats, à commencer par la CFDT et Laurent BERGER ont immédiatement décliné la main tendue, pas avant le 1er mai ont-ils rappelé.

Mais la partie la plus intéressante de cette allocution ne résidait pas vraiment dans ces annonces, globalement attendues, sur des thèmes convenus. La véritable annonce de ce discours, c’est la temporalité, inattendue, que le Président de la République semble installer de lui-même. 100 jours. Emmanuel MACRON s’est fixé 100 jours pour faire un premier bilan sur ces thèmes. 100 jours pour avancer sur tous ces sujets. 100 jours pour mettre en ordre de marche des réponses concrètes à ces défis d’ampleur.

C’est 100 jours sont intéressants, car cette temporalité est d’abord et avant tout celle des premiers temps d’un mandat. Aux Etats-Unis, il est de tradition que le Président américain déroule plusieurs gros chantiers dans les 100 premiers jours de son mandat, et que ce moment donne le ton de la suite. Or, au lendemain de son élection, Emmanuel MACRON n’a rien fait, a semblé balbutiant, hésitant quant au cap, à la direction à donner à son second quinquennat, comme le souligne d’ailleurs Ludovic VIGOGNE dans son livre, récemment paru, intitulé Les sans jours : S.A.N.S.

Alors, avec l’annonce de cette temporalité, c’est comme si Emmanuel MACRON tentait d’instaurer un nouveau départ. Comme si son deuxième quinquennat commençait maintenant.

Cette allocution d’Emmanuel MACRON est donc un premier pas vers l’après. Mais attention, le Président de la République joue gros. Ces 100 jours sont une course contre la montre.

En se fixant lui-même une échéance à court-terme, il contraint sa propre action. Il fait la promesse aux Français qu’il a compris l’urgence du moment. Désormais, il lui est impossible de reculer. Contester une temporalité, un calendrier imposé, c’est la spécialité d’Emmanuel MACRON, qui a longtemps laissé entendre qu’il était le seul maitre des horloges politiques de ce pays. Mais impossible de déroger à une échéance qu’il s’est lui-même fixé.

Car si au terme de ces 100 jours, il ne respectait les promesses sur lesquelles il s’est engagé : il risquerait de perdre durablement une grande partie des Français, un scénario qui n’annoncerait rien de bon pour la suite…

Au final, cette allocution est un peu un ultimatum d’Emmanuel MACRON a lui-même. Comme si le Président se lançait un défi. 100 jours, 3 mois pour remonter la pente. Le défi est de taille mais les enjeux sont immensément plus grands. S’il réussit, Emmanuel MACRON enclenchera durablement le processus d’apaisement dont a véritablement besoin le pays. S’il échoue, il se condamne lui-même à de très longues années en attendant la fin de son quinquennat.